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du 5 au 22 novembre

TARIF découverte

CREATION

 

Couteau de nuit

Nadia Xerri-L.

texte et mise en scène Nadia Xerri-L.
scénographie Caroline Foulonneau
création lumières Stéphanie Daniel
création son Gaël Desbois
collaboration artistique Elie Jorand, Jean-Louis Fournier
assistante à la mise en scène Camille Muret

avec Raphaël Leguillon, Jean-Jacques Simonian, Virginie Volmann, Anthony Breurec, Flora Brunier, Arnaud Stéphan, Laure Wolf

  Nadia Xerri-L. a onze ans lorsque sa mère l’emmène aux Amandiers de Nanterre, y découvrir le duo Chéreau-Koltès, avec Combat de nègre et de chiens. C’est sa première rencontre avec le théâtre, qu’elle ne quitte plus. D’abord en tant que spectatrice particulièrement concernée. Elle veut arriver en avance, être la première à entrer dans la salle, penser que le spectacle lui est personnellement adressé. Sa mère lui offre des livres, qu’elle lit seule, à haute voix. Après le lycée Henri IV, elle entre dans une école d’art dramatique. Et là, elle se sent très mal : « J’ai détesté l’ambiance, la concurrence. J’étais perdue, obnubilée par ce que les autres allaient penser de moi. J’ai très vite compris que je devais arrêter. Je ne voulais pas être comédienne, je ne pensais même pas à la mise en scène. Je voulais seulement écrire pour que ça parle. »
Elle quitte l’école en 1992, et seulement en 2000 se lance, grâce à Florence Delay – auteur et
  Virginia Woolf, puis ses propres pièces. Dans Ouest-France, elle suit les comptes-rendus d’un procès, celui d’un jeune garçon qui en a poignardé un autre qu’il ne connaissait pas. Et qui pendant tous ses interrogatoires n’a dit et répété qu’une seule phrase : « Ce n’est pas mon histoire ».
C’est donc l’histoire de Couteau de nuit. Trois actes qui creusent les trois minutes avant l’ouverture du procès. Minutes silencieuses pendant lesquelles le temps ne compte plus. Seules comptent les paroles dans les têtes, monologues qui se succèdent ou se croisent, s’ouvrent jusqu’aux dialogues, s’adressent aux personnes présentes, sur scène, dans la salle.
Sur scène, il y a la narratrice, celle par qui tout est arrivé. Le jumeau de la victime. Le “présumé coupable” et sa famille. Pourquoi “présumé coupable” ?
« Parce que la présomption d’innocence n’existe pas. Ce sont des mots. Il faudrait un avocat exceptionnel pour la faire respecter. Il suffit que quelqu’un soit interrogé par la police ou la justice pour être classé. “Il
  académicienne – son professeur de littérature à la Sorbonne, qui l’encourage : « Pourtant mon lien à la langue française a longtemps été une souffrance. Je voyais ce que je voulais exprimer, je ne parvenais pas à le formuler, ça me rendait folle. En fait, je dois tout à ma “prof” de français au lycée. Elle m’a appris la ponctuation, la construction des phrases. Alors quand j’ai trouvé mon langage, je me suis senti le devoir d’aider à “accoucher”. Depuis cinq ans, je dirige des ateliers dans des lycées défavorisés, et dans le milieu carcéral où finalement je me sens plus à l’aise que dehors. Les rapports y sont bruts, l’agressivité avouée, assumée. L’extérieur est tout aussi agressif, mais on doit toujours faire semblant. Et puis, j’ai besoin de ne pas me sentir dépendante du seul monde artistique, tellement fermé sur lui-même. »
Nadia Xerri-L. aurait pu devenir avocate, parler au nom de ceux qui ne savent pas. Mais le théâtre la tient. Elle adapte et met en scène un roman de
  n’y a pas de fumée sans feu”. Tous, nous sommes sur nos gardes, inquiets de l’avenir, soucieux de nous protéger des autres. Y compris et surtout à l’intérieur des familles. Au cours de son témoignage, le père du “présumé coupable” raconte comment il lui a appris à se méfier des étrangers, et même des cousins “la race des jaloux”.
« J’ai écrit quatre pièces, dont deux parlent de fratries. La famille, c’est passionnant. Elle forme une microsociété étouffée par les non-dits, dans laquelle chacun doit assumer une fonction qui se cogne contre le réel. Le théâtre sert à ça. À dire les incessants combats du privé face au social, de l’intérieur face à l’extérieur.
»

Colette Godard

Couteau de nuit est publié aux éditions Actes Sud-Papiers (septembre 2008).
 

NADIA XERRI-L.
Née en 1971, Nadia Xerri-L. suit des études littéraires, fait une école d’art dramatique, passe une maîtrise de poésie contemporaine, se décide pour l’écriture théâtrale. Elle est tourmentée par l’image de son grand-père, émigré maltais analphabète. Ses parents travaillent, rompent avec leur milieu social d’origine. Sa mère l’emmène au théâtre, elle suit les créations à Paris, au festival d’Avignon. Elle passe beaucoup de son temps à enseigner la maïeutique, méthode de réflexion sur le langage, dans les lycées et les prisons. Elle adapte et met en scène Vers le phare de Virginia Woolf, puis ses propres textes : L’Une de l’autre (Actes Sud-Papiers) présenté au Théâtre Paris-Villette en avril 2006, tendre règlement de compte entre deux sœurs, description joliment acérée de la condition de cadette. Puis, à l’Atelier du Plateau, en février 2008, 3 Elles, confessions sensibles de deux femmes blessées. Elle voit dans le théâtre un lien unique et indispensable entre les êtres humains.